La Seconde Guerre Mondiale à Saint-Mars

1939

avis de mobilisation
avis de mobilisation

Le 3 septembre 1939, la France déclare la Guerre à l’Allemagne. C’est la mobilisation générale. Le clocher de l’église de Saint-Mars sonne le tocsin. L’obligation est faite d’appeler, sous les drapeaux, 40% des hommes ayant déjà combattu pendant la guerre de 1914/1918. On imagine le moral de ces hommes de quarante ans (ou plus) qui partaient à la guerre pour la deuxième fois de leur vie. Les femmes, restées seules avec leurs enfants, vont exploiter la ferme familiale.

 

Très rapidement, l’Armée Française réquisitionne les chevaux pour sa cavalerie. La Mairie de Saint-Mars annonce que c’est à Ernée qu’il faut conduire les percherons. Les paysans reçoivent une indemnité qui ne compense nullement la perte de leurs compagnons qui sont une aide précieuse au travail de la terre.

A Saint-Mars-sur-la-Futaie, le 25 septembre 1939, le Bureau du Comice Agricole (sans réunir ses membres) a décidé que: « En raison des événements actuels (Guerre avec l’Allemagne et mobilisation générale), le concours serait remis à une date ultérieure ».

 

C’est la "Drôle de Guerre", l’Armée Française attend l’ennemi derrière la ligne Maginot…

1940

Le 10 mai 1940, la Wehrmacht attaque la France. L’avancée allemande provoque le départ des gens du Nord. C’est la débâcle. Un flot impressionnant de 180 000 réfugiés (dont 55 000 habitants de l’Aisne) arrivent en Mayenne. La plupart de ces gens circulaient à pied, à vélo ou à cheval, très peu possédaient une voiture. Les habitants de Saint-Mars ont accueilli avec générosité ces réfugiés en leur faisant une place dans leur maison, en partageant leurs provisions.

 

Les combats livrés par l’Armée Française pour endiguer la progression de l’armée du Reich sont meurtriers. Parmi les 6 soldats de Saint-Mars "Morts pour la France" pendant la guerre 1939-1945, 4 sont morts en 1940 : Constant COUILLARD (13/05/1940), Louis FONTAINE (20/06/1940), François FOUQUET, André ROYER (2/06/1640), Georges THOMAS (3/07/1940) et Joseph SAVARY.

La plupart des soldats français sont faits prisonniers. 9000 Mayennais vont être transportés vers les oflags et les stalags d’Allemagne.

 

Le 17 juin 1940, les Allemands pénètrent en Mayenne et arrivent à Saint-Mars. Ils s’installent dans les locaux de l’école et les officiers réquisitionnent la maison de M. TABURET… Les grandes vacances commencent très tôt, cette année-là ! Les gens se sentent humiliés de voir le drapeau à croix gammée flotter sur la mairie. L’heure allemande (ou de Berlin) devient obligatoire, il faut reculer montres et pendules d’une heure, c’est "l’heure officielle", l’heure solaire devient "l’heure ancienne".

 

En juillet 1940, les réfugiés prennent peu à peu le chemin du retour.

 

Le 10 juillet 1940, le maréchal Pétain prend les pleins pouvoirs, il est le chef de "L’Etat français" qui a pour devise "Travail, Famille, Patrie" et pour emblème la francisque. Le gouvernement de la France s’installe à Vichy (Allier) et collabore avec l’occupant.

Pièces de monnaie du Gouvernement de Vichy (elles furent utilisées jusque dans les années 50)
Pièces de monnaie du Gouvernement de Vichy (elles furent utilisées jusque dans les années 50)
Propagande en faveur du Maréchal Pétain (document de Mr Chopin)
Propagande en faveur du Maréchal Pétain (document de Mr Chopin)

Dès août 1940, un recensement de population est organisé. La carte d’identité est obligatoire pour toutes les personnes de 16 ans et plus et doit être présentée à chaque contrôle.

 

Il faut déposer à la mairie, les armes à feu et les munitions. Il faut respecter l’heure du couvre-feu ; pour circuler la nuit, il faut un « Ausweiss ». Il est interdit de chanter ou de jouer « La Marseillaise » et d’arborer le drapeau français.

 

Les Allemands vont, au cours de l’été 1940, quitter le bourg de Saint-Mars pour s’installer dans la campagne. Les écoliers reprennent le chemin de l’école le 1er octobre.

 

Les prisonniers donnent de leurs nouvelles et les habitants de Saint Mars ne les oublient pas. Des collectes sont organisées pour leur envoyer des colis de ravitaillement

 

1941

Tickets de rationnement (le rationnement continua jusqu'en 1949)
Tickets de rationnement (le rationnement continua jusqu'en 1949)

Plus les semaines passent et plus les gens commencent à sentir les restrictions. Très vite, c’est la pénurie. Dans les boutiques, café, huile ou savon sont introuvables. Des cartes et des tickets de rationnement sont établis, à la mairie, pour l’alimentation, pour les vêtements, pour la lessive…

 

Les portions alimentaires sont établies en fonction de l’âge et de la pénibilité du travail. Ainsi pour un homme travailleur de force, les tickets donnent droit à une ration journalière : de 250 g de pain, 25 g de viande, 17 g de sucre, 8 g de matière grasse et 6 g de fromage… On comprend que les gens de villes souffrent de la faim. Aussi chaque semaine, les cousins de Fougères viennent à vélo rendre visite à leur famille de Saint-Mars. Ils savent qu’ici, dans les fermes, on ne manque pas de nourriture et qu’ils peuvent compter sur la solidarité de tous.

 

Sur la place de Saint-Mars, le cirque BEAUTOUR est resté bloqué pendant 6 mois. Il ne peut avoir de spectateurs car l’occupant interdit tout rassemblement et impose un couvre-feu à 21 heures. Les Allemands interdisent la circulation des gens du voyage. En Mayenne, les nomades seront parqués à Montsûrs, puis à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) dans des conditions abominables, avant d’être déportés en Allemagne vers les camps d’extermination. 

agrandissement de l'affiche du Comice Agricole
agrandissement de l'affiche du Comice Agricole

Au 2ème semestre de 1941, la loi autorise, à nouveau, l’organisation de fêtes. Le « Concours du Centenaire » du Comice Agricole a lieu le 30 septembre 1941. A cette occasion, une plaque de marbre est scellée au mur de la chapelle où est enterré Jacques HAMARD. Elle porte l’inscription suivante : « Le Comice Agricole du Canton de Landivy à Jacques HAMARD, son promoteur ».

1942

Pendant toute la période de la guerre, les Allemands ont établi un poste d’observation au point culminant de la commune, à la Ménardière (250 m d’altitude).

 

La politique anti-juive du gouvernement de Vichy va frapper, dans toute son horreur, une habitante de Saint-Mars. Elle s’appelait Fajga JACUBOWIEZ. Née en Pologne en 1897, cette femme veuve, de religion juive, a quitté Saint-Quentin (Aisne) où elle était marchande de mercerie-bonneterie. Elle était réfugiée au bourg de Saint-Mars-sur-la-Futaie où elle résidait depuis le 14 mai 1940.

Par le recensement de 1940, les autorités allemandes et françaises connaissaient sa religion et son lieu de résidence.

 

Par l’ordonnance du 1er juin 1942, le port de l’étoile jaune est obligatoire pour les Juifs.

Le 9 juin 1942, le sous-préfet de Mayenne rapporte au préfet que le maire de Saint-Mars a remis 3 insignes «Juif» à Fajga JACUBOWIEZ. Elle n’a pu donner aucun point textile (ticket de rationnement) en échange de ces étamines. Cependant, il lui a fallu payer ces étoiles jaunes !

 

Le 16 juillet 1942, sur ordre de l’autorité occupante, les gendarmes de Landivy arrêtent la Veuve JACUBOWIEZ, en prétextant qu’elle est « requise du travail ». Après avoir transité par le camp de Drancy, elle fut déportée vers un camp d’extermination.

Le même jour, en Mayenne, 40 personnes juives furent arrêtées, puis déportées.

A la même date, 16 et 17 juillet 1942, à Paris, c’est la grande rafle du Vel d’Hiv : 13 152 Juifs furent arrêtés (dont 4100 enfants) …

1943

Le Gouvernement de Vichy édicte la loi suivante : «Les jeunes gens des classes 1942, 1941, 1940 et les premiers mois de la classe 1943 doivent tous partir travailler en Allemagne pour le Service du Travail Obligatoire (STO) ». L’Allemagne a besoin de bras pour remplacer les millions d’hommes mobilisés dans la Wehrmacht. Sur les 2175 jeunes Mayennais recensés, 975 seulement sont partis pour l’Allemagne. Beaucoup de ces jeunes ne veulent pas se laisser transformer en esclave, au service de l’ennemi. Ces "réfractaires" préfèrent rester ici et se camoufler dans des fermes où leur aide est précieuse. Les Résistants de Landivy se procurent de faux titres d’alimentation et de fausses cartes d’identité qu’ils remettent aux "réfractaires". C’est le début de la Résistance à l’ennemi, avec la complicité et le silence de la population.

 

En janvier 1943, un avion britannique est abattu à la Ménardière, non loin de l’observatoire allemand. Ce sont des gendarmes de la brigade de Landivy qui vont assurer l’hébergement des aviateurs anglais dans des maisons amies ! Ils vont également mettre en lieu sûr documents et munitions recueillis…

 

En 1943, de nouveaux élèves fréquentent l’école publique de Saint-Mars, ce sont Richard et Arlette FELLOUS. Ils sont accueillis, avec leur petite sœur Jocelyne, dans les familles BOYERE et FOUCAULT à l’Angeberdière. L’OSE (Oeuvre de Secours aux Enfants) possède un réseau clandestin de sauvetage des enfants juifs. C’est Marthe LABORDE, assistante sociale à l’Hôpital de Créteil qui, au péril de sa vie, accompagne les petits FELLOUS jusqu’à Saint-Mars où elle les place dans leur famille d’accueil. Les enfants FELLOUS ne reverront jamais leur maman, elle fut déportée à Auschwitz par le convoi n° 68 du 10/02/1944.

 

Dans le canton de Landivy, 83 enfants juifs ont été cachés, dont 42 à Landivy et 33 à Fougerolles. On ne peut qu’honorer la mémoire de toutes ces familles qui se croyaient « ordinaires » et qui par leur simplicité et leur bonté, ont sauvé toutes ces petites vies.

1944

Dans la campagne de Saint-Mars, on ramasse une multitude de tracts lancés pendant la nuit par la RAF (Royal Air Force). Parmi eux, « La France Libre » journal de petit format arborant un cadre tricolore, il combat la propagande allemande et prépare le lecteur à la résistance et à la libération.

 

Curieusement, on trouve aussi un autre petit livret (ci-dessous), comparant des photos d’hier et d'aujourd’hui, il est destiné aux soldats allemands dans le but de les démoraliser…

document de Mr Chopin
document de Mr Chopin

Après le débarquement du 6 juin 1944, l’aviation alliée répand des tracts pour mettre en garde les populations contre les dangers des bombardements. Les gens des villes viennent à la campagne pour trouver un abri sûr.

Dans la nuit du 9 juin 1944, le ciel est entièrement rouge et le grondement des bombardiers américains est incessant : les villes de Fougères et de Mayenne sont en flammes. Les habitants de Saint-Mars, effrayés par cette nuit de cauchemar, creusent des tranchées au pied des haies pour se mettre à l’abri.

 

A Fougerolles et Landivy, les Résistants s’arment. Quatre parachutages ont lieu en juin et juillet 1944, sur le terrain de Panama.

 

Le 3 août 1944, les Américains sont à Landivy. Le 4, ils arrivent à Saint-Mars. Quel bonheur ! Les soldats sont entourés par une foule heureuse, ils embrassent une petite fille, puis remontent sur leurs chars… Ils continuent leur guerre de libération, un peu plus loin vers Ernée, laissant derrière eux des chewing-gums, du chocolat et des conserves…

La nuit suivante, du 4 au 5 août, les tranchées vont servir… L’ennemi, une fois ses troupes évacuées, bombarde les localités libérées. Des avions allemands ont laissé tomber de très nombreuses bombes sur Landivy et quelques-unes sur Saint-Mars : à la Bruère et au Poirier.

Photos de Mme Fouillard

Après cette date, Saint-Mars-sur-la-Futaie retrouve la paix. Mais il faudra attendre encore neuf longs mois pour que cette guerre se termine, le 8 mai 1945, et que les prisonniers retrouvent leur village et leur chère famille.

Livret militaire, carte d'Ancien Combattant Prisonnier de Guerre et Croix du Combattant 1939-1945 décernée à Joseph GESLIN.
Livret militaire, carte d'Ancien Combattant Prisonnier de Guerre et Croix du Combattant 1939-1945 décernée à Joseph GESLIN.